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J'ai refait mon site avec Claude Design et Claude Code. Voici ce que j'en retiens.

Retour d'expérience honnête sur la construction d'alvernia.io avec les outils Anthropic. Ce qui marche, ce qui surprend, ce qu'on ne dit pas assez.

Refaire son propre site est l’exercice que tout indépendant tech finit par reporter. Celui qu’on s’impose en se disant “je le ferai ce week-end” pendant trois ans. Sauf qu’en 2026, l’équation a changé : avec les bons outils, l’exercice tient en deux jours.

J’ai refait alvernia.io avec Claude Design pour la partie visuelle et Claude Code pour l’intégration Astro. Pas par effet de mode — par curiosité honnête sur ce que ça donne quand un praticien tech, pas un designer, s’y colle.

Voici ce que j’en retiens.

Claude Design n’est pas un outil de designer. C’est un outil de direction artistique.

La première surprise, c’est le niveau d’abstraction. Tu ne dessines pas, tu décris. Tu donnes un positionnement, des références, un public cible, une palette — et la machine produit des wireframes haute-fidélité directement en HTML/CSS.

Un site m’a servi de référence : Daniel Sun pour la personnalité, les asides manuscrits, le ton humain. C’était exactement ce que je cherchais.

Ce que ça m’a fait gagner : probablement trois semaines. Une agence aurait mis autant de temps juste pour me proposer une première piste.

Ce qui m’a surpris : le résultat tient la route. Le design system produit est cohérent, les tokens CSS sont propres, la typographie est choisie avec intention (Fraunces en display, Geist en body, Caveat pour les asides). Un développeur front prend ça en main sans friction.

Le piège, c’est le contenu.

Voilà le truc qu’on ne dit pas assez. Claude Design ne se contente pas de produire une structure — il remplit les pages avec du contenu plausible. Et c’est là que commence le travail réel.

Dans mes wireframes, une des pages de réalisations annonçait “Réduction des erreurs de rapprochement de 68%”, une autre “De 0 à 800 utilisateurs actifs en 8 mois”. Des chiffres convaincants. Aussi : totalement inventés.

Si je publie le site tel quel, je me retrouve à devoir défendre des résultats que je n’ai jamais produits. En entretien, un recruteur curieux pose une question, je bafouille, crédibilité foutue.

La leçon : le wireframe est un squelette, pas un CV. Tout chiffre, toute affirmation factuelle doit être reprise à la main. C’est long, c’est ingrat, mais c’est non-négociable.

Claude Code change la donne côté intégration.

Une fois le design validé, la conversion en site Astro + Tailwind a pris un après-midi. Quelques commandes, un prompt détaillé en amont, et le code sort propre : composants atomiques, content collections typées, API routes pour le formulaire de contact, workflow GitHub Actions pour le déploiement sur mon VPS.

Ce que j’ai particulièrement apprécié : Claude Code ne sur-architecture pas. Il ne m’a pas proposé de Next.js avec un CMS headless et trois bases de données quand un Astro + Markdown suffit. Il a lu le contexte, compris mes contraintes (Mailjet déjà configuré, Traefik en place, VPS Hostinger), et produit du code aligné sur ma réalité.

La surprise inverse : il a fallu revenir plusieurs fois sur des détails. La première passe a généré le site sur la base d’un design qui avait évolué entre-temps. Un re-fetch et une série d’ajustements plus tard, les deux sources étaient resynchronisées. Rien de grave, mais il faut l’anticiper : ces outils fonctionnent en flux, pas en one-shot.

Ce que j’ai réappris sur mon propre positionnement.

Le plus intéressant de l’exercice n’a pas été technique. Il a été éditorial.

Le titre d’accroche de mon hero a été réécrit une dizaine de fois. La première version contenait “je comprends ce qui déconne”, trop oral pour un dirigeant de PME. On est passé par “je vois où ça coince”, par “je diagnostique”, avant d’atterrir sur “je comprends la situation”. Trois mots, une semaine de réflexion.

Même chose sur la cible. J’ai longtemps écrit “pour les PME industrielles wallonnes” — jusqu’à me rendre compte que mon historique, c’est la tech, pas l’industrie. L’industrie, c’est une ambition, un marché à conquérir. Écrire “je travaille pour l’industrie” serait un mensonge. Écrire “après 17 ans dans la tech, j’amène ces méthodes dans l’industrie wallonne” est plus honnête, plus juste, et paradoxalement plus fort.

L’IA n’a pas écrit mon positionnement à ma place. Elle m’a forcé à l’expliciter — ce qui est un exercice différent, et souvent plus utile.

Ce que je dirais à quelqu’un qui veut faire pareil.

Trois choses.

Un, ne va pas dans Claude Design sans avoir clarifié ton positionnement. L’outil amplifie ce que tu lui donnes. Si ton positionnement est flou en entrée, le résultat sera un joli site flou en sortie.

Deux, ne te fie pas au contenu produit par l’outil. Le design, oui. Le contenu, non. Prévoir une phase de réécriture — idéalement page par page, texte par texte — est obligatoire.

Trois, traite Claude Code comme un collègue junior compétent, pas comme un magicien. Il va vite, il code propre, mais il a besoin d’un brief précis. Moins tu es précis, plus il invente. Un prompt de trois lignes produit un site de trois lignes.


Le site tel que vous le lisez est le résultat de deux jours de travail concentré et d’une demi-douzaine d’allers-retours entre les outils. Ce n’est pas “du AI-generated”. C’est un travail humain, accéléré par des outils qui amplifient ce que le praticien apporte. C’est exactement ce que je dis aux dirigeants qui m’interrogent sur l’IA en entreprise : ces outils ne remplacent pas le métier. Ils déplacent le curseur de ce qu’un professionnel peut livrer seul.


Par Renaud Wellens · À propos