Les freelances aussi traversent des tempêtes
Un texte sur ce qu'on traverse quand la vie s'invite au milieu d'une mission, et qu'on n'a pas de structure pour dire qu'il faudrait s'arrêter.
On croit qu’un freelance est toujours solide. Toujours fiable. Toujours disponible.
Mais que se passe-t-il quand tout s’effondre autour de lui.
Ce qui devait être une mission classique
Il y a quelques mois, j’ai démarré une mission qui, sur le papier, paraissait classique. Comme souvent, je prends le temps d’observer, de comprendre les rouages, d’identifier les vrais leviers d’impact avant de proposer quoi que ce soit.
Mais cette fois, la vie en a décidé autrement.
À peine avais-je commencé à m’investir que mon père a fait un AVC. Plongé dans le coma dès les premières heures. Pronostic vital engagé au quatrième jour. Après vingt-neuf jours de montagnes russes émotionnelles, obligé de prendre la pire des décisions.
Il ne se réveillera jamais.
Freelance, seul à tenir son rôle
Pas de congé maladie. Pas de structure pour dire « prends le temps qu’il te faut ».
J’ai pris des jours. Mais pas pour souffler. Pour gérer l’hôpital, les décisions médicales, puis les démarches liées au décès, les papiers, les contraintes administratives qui ne s’arrêtent jamais au moment où tu voudrais qu’elles s’arrêtent.
Rien qui puisse aider à se sentir mieux. Juste survivre. Avancer par devoir. Sans jamais retrouver un vrai souffle.
Un décalage immense entre ce que je vivais et ce que j’étais censé livrer.
Le moment où j’ai démissionné
Au point de démissionner. Pas sur un coup de tête.
Parce que je n’arrivais plus à m’intégrer. Parce que je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Et parce que ce qui n’aurait même pas dû m’atteindre me blessait au plus profond.
Par chance, le client est revenu vers moi.
J’ai accepté. Mais j’ai demandé à prendre une pause d’un mois. Un mois pour respirer. Pour me retrouver. Pour reprendre du recul. Pour retrouver l’envie.
Aujourd’hui
Je suis revenu. Plus apaisé. Plus clair sur mes limites. Plus lucide sur la manière d’équilibrer ma vie.
Ce n’est pas un appel à la pitié. C’est un rappel.
Les freelances aussi traversent des tempêtes. Ils n’ont pas toujours d’épaule sur laquelle s’appuyer, ni de structure pour les protéger. Et pourtant, ils continuent. Parce que la mission. Parce que la facture. Parce qu’on se croit obligé d’être solide, tout le temps.
Mais derrière chaque statut d’indépendant, il y a un humain.
Par Renaud Wellens · À propos